Rue du Buis (Anneyron, Drôme)

 

La fouille archéologique préventive de la Rue du Buis à Anneyron (Drôme) a été conduite à la suite d’un projet de lotissement sur d’anciens vergers. Dès le diagnostic, le site a révélé la présence de vestiges du Néolithique moyen 2 et du premier âge du Fer sur une superficie d’environ 22 500 m² (Conjard-Réthoré 2022). A la suite de ce diagnostic, une fouille a été prescrite par le Service régional de l’archéologie sur une superficie de 13 000 m², répartie en deux zones : la première à l’ouest de l’emprise sur un replat, et la seconde, bien plus grande, au centre et à l’est de l’emprise où se développe une pente importante (jusqu’à 10 %) aboutissant à un paléochenal. La puissance de ce dernier et l’absence de vestiges nous a amené à limiter l’ouverture dans le secteur oriental de l’emprise.
Le site est situé sur la terrasse d’Anneyron, composée de nappes de galets calcaires fluvioglaciaires würmiennes et de quartzites pris dans une matrice argilo-sableuse rougeâtre et associés à des alluvions fluviatiles würmiennes et postwürmiennes de fond de vallée. Le terrain se situe en rive gauche de la moyenne vallée du Rhône. Il domine d’une dizaine de mètres le ruisseau de l’Argentelle qui évolue au sud du site, en direction de l’ouest. La configuration topographique a joué un rôle majeur dans la conservation différentielle des vestiges et dans la compréhension des processus sédimentaires. La stratigraphie du site s’organise de la façon suivante :
1. Terrasse fluvio-glaciaire würmienne, formée de galets et limons rouges.
2. Réseau de paléochenaux à dynamique torrentielle (trois chenaux principaux).
3. Comblements limoneux holocènes, parfois érodés et pédogénéisés.
4. Couvrements colluviaux postérieurs au premier âge du Fer.

Les objectifs scientifiques visaient à identifier et caractériser les occupations humaines et leurs dynamiques spatiales du Néolithique moyen au premier âge du Fer et les replacer dans un cadre régional.
Parmi les 268 faits archéologiques recensés, 29 sont attribués au Néolithique moyen 2, 13 à la Protohistoire et la plus grande majorité résulte de plusieurs générations de mises en culture du terrain avec des fosses et des fossés de plantation historiques. La période du Néolithique est documentée par des fosses, des silos profonds (jusqu’à 0,80 m), des trous de poteau, un foyer et deux possibles pièges de chasse (dont la chronologie demeure toutefois incertaine). Pour la Protohistoire, on compte un alignement remarquable de 11 foyers à pierres chauffées quadrangulaires de la fin du Bronze final et début du premier âge du Fer auquel il convient d’ajouter une fosse et un unique silo laténien.

Pour le Néolithique moyen 2, les silos semblent essentiellement distribués au nord de la zone 2, à l’exception de deux d’entre eux, au sud de la zone 1, marquant une probable aire de stockage dans ce secteur. Il s’agit là de la seule hypothèse d’organisation spatiale qui peut être émise à l’issue de la fouille. Les deux seuls trous de poteau n’étant pas dans la même zone. Toutes ces structures ont fait l’objet, à la fin de leur utilisation, de rejets livrant de précieux sur la culture matérielle et les activités pratiquées. La céramique renvoie principalement au Néolithique moyen de type Chassey avec des coupelles, coupes, marmites, jarres… L’industrie lithique affiche une bonne homogénéité avec une importante production de la lame(lle)s dominée par le débitage par pression. Parmi l’outillage en silex taillé, on retrouve notamment des burins, des grattoirs, et des troncatures. Les structures ont également livré des meules, molettes, broyons et de nombreuses graines de céréales (blé nu, orge vêtue…), attestant d’une culture céréalière sur le site. Les données témoignent aussi d’une activité de cueillette non négligeable avec des noisettes, des glands… Enfin, la faune est très fragmentaire, et très mal conservée. Les résultats montrent la présence exclusive de caprinés et de bovidés. En revanche, l’activité cynégétique n’est attestée que par un seul fragment de cervidé découvert dans le sommet du comblement de l’une des deux fosses de chasse. Toutefois sa position stratigraphique reste problématique.

Les foyers protohistoriques sont positionnés en bas de pente, en bordure du paléochenal à l’est de l’emprise. L’alignement s’étend sur 53 m de long dans un axe légèrement nord-est / sud-ouest. Si la limite au nord-est semble avoir été atteinte, la construction d’une maison au sud laisse planer le doute dans ce secteur. Les 11 foyers mis au jour sont relativement bien conservés. Ils sont groupés deux à deux, ou par trois pour ceux situés le plus au nord. Ils présentent un comblement récurrent avec une couche sommitale de sédiment riche en cailloutis et gravier sans doute issu de la terrasse alluviale encaissante, deux à trois lits irréguliers de galets marqués par la chauffe et une couche résidus de combustible comprenant parfois des restes de bûches disposées dans le sens longitudinale de la fosse. Les blocs sont constitués de galets prélevés certainement sur les berges du Rhône, à environ 7 km du site. Le mobilier découvert dans les foyers est assez rare. Il provient essentiellement des couches détritiques sommitales. Son étude permet de resserrer la chronologie de l’occupation protohistorique à l’extrême fin du IXe s. et aux premières décennies du VIIIe s. av. J.-C.

Au-delà de ces deux périodes, le site a continué à être fréquenté par les hommes car des structures, sans mobilier datant, ont fait l’objet de datations C14 qui appartiennent à un Néolithique moyen 2 plus récent, au Néolithique récent et au Bronze moyen. A chaque fois il s’agit d’une seule structure, découverte dans la pente de la zone 2 où l’érosion et les colluvions sont importantes. S’agit-il des seuls vestiges d’une occupation régulière du site sur plusieurs millénaire ou d’un problème de conservation dans un contexte de dynamique colluviale conséquente ? Le silo laténien, dont la datation C14 et la typologie du mobilier sont parfaitement conformes, est un exemple de ces cas uniques de structure.

Ainsi, même si des questions demeurent à l’issue de la fouille, le site d’Anneyron – « Rue du buis » comble une documentation lacunaire sur l’occupation du sol à la fin du Vème millénaire avant notre ère, rejoignant les grandes implantations du Chasséen rhodanien, comme « Le Gournier » à Montélimar et « Les Moulins » à Saint-Paul-Trois-Châteaux, qui témoignent d’une sédentarisation et d’une organisation territoriale développée.
Quant aux foyers protohistoriques, ils rejoignent une longue tradition de mise en place de ces structures à pierres chauffées dans la région pour la transition entre le Bronze final et le premier âge du Fer. Si, dans plusieurs exemples régionaux ces foyers semblent déconnectés de toute zone domestique, la présence d’une fosse contemporaine en zone 1 indiquerait que l’installation humaine n’est peut-être pas si éloignée.

INTERVENANTS :

Aménageur : PierreVal Aménagement
Prescripteur : DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Construction d’un lotissement



LOCALISATION :

 



RAPPORT FINAL D’OPÉRATION :

Référence bibliographique :
LAROCHE (M.) (dir.), HART (P.), RECCHIA-QUINIOU (J.), DEPARNAY (X.), CURÉ (A.-M.), COMPAGNON (G.), MADER (S.), CIZERON (M.), DA CRUZ (L.), TILLIER (M.), LIOTTIER (L.), RENAUD (A.), BROSSIER (B.), CHARRIÉ (A.) — Vestiges d’occupation du Néolithique moyen 2 et du premier âge du Fer à Anneyron – Rue du Buis (26), rapport final d’opération, fouille archéologique. Villard-de-Lans : Paléotime, 2025. 651 p.

 
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