
La fouille du site de La Croix des Mées s’est tenue en amont d’un projet de construction d’un lotissement résidentiel par la SAS Le Séquoia. Elle fait suite à un diagnostic réalisé en mars 2020 par le Service départemental des Alpes de Haute-Provence, ayant mis au jour une occupation du début du Néolithique moyen dont les vestiges fossoyés évoquaient la présence d’un habitat.
La fouille menée par la société Paléotime s’est déroulée du 6 mars au 16 juin 2023, scindée en deux phases d’intervention de six semaines chacune. Les principaux vestiges rencontrés font référence au Néolithique, à la Protohistoire et à l’Antiquité, dans une moindre mesure à l’époque moderne et contemporaine. Ces aménagements ont été fouillés sur une emprise prescrite de 14528 m².
Le site prend place au nord-est de la commune des Mées, dans le lit majeur de la Durance qui se trouve à 1 km seulement en direction du nord-ouest et à proximité immédiate du massif des Pénitents, dont les silhouettes les plus septentrionales se dressent à une distance d’environ 500 m vers le sud-est. De par sa position géographique située dans le lit majeur de la Durance, le site se trouvait exposé à des épisodes de crues, comme en témoignent les dépôts limono-argileux d’aggradation dans lesquels s’ouvrent les Faits archéologiques.
Les occupations les plus anciennes comprennent quatre phases chronologiques, regroupant plusieurs occupations discontinues depuis la première moitié du Ve millénaire jusqu’au milieu du IVe millénaire.
Le Néolithique ancien n’est attesté que par la présence de quelques restes mobiliers erratiques, essentiellement céramiques et dans une moindre mesure lithiques, uniquement issus d’Us hors Faits, incluant une probable structure démantelée par un labour. Cette dernière livre un petit assemblage céramique se référant aux traditions cardiales au sens large.
Durant le Néolithique moyen 1 et 2, les occupations correspondent à des installations à vocation domestique, illustrées par la présence de structures de stockage de type fosses-silos, associées à des fosses-foyers à pierres chauffées.
Les occupations du site durant le Néolithique moyen sont constituées de trois phases, bornées par sept datations radiocarbone ainsi que par le mobilier issu des Faits et Us hors Faits concernés.
Après le Néolithique ancien, une seconde phase d’occupation est attestée durant le Néolithique moyen 1. Elle se situe dans la première moitié du Ve millénaire, documentée par une date radiocarbone issue d’une fosse-foyer qui renvoie à deux intervalles calibrés à deux sigmas compris entre 4710 et 4506 av. n. ère. Cette datation conforte l’attribution chronoculturelle du mobilier lithique taillé issu d’une fosse-silo. Ces deux Faits regroupés dans l’extrémité sud-est du site entre deux paléochenaux témoignent d’un probable assèchement de la zone durant la première moitié du Ve millénaire de la zone 2.
La troisième phase d’occupation néolithique semble se situer au début du Néolithique moyen 2 dans le dernier quart du Ve millénaire. Il n’est guère possible de préciser le statut fonctionnel de l’occupation néolithique durant cette période sur l’emprise de La Croix. Cette phase n’est attestée en effet que par la présence d’une fosse datée par radiocarbone et située dans l’extrémité nord-ouest de l’emprise, ainsi que par deux autres datations radiocarbone issues d’un paléochenal traversant le tiers sud-oriental du site. Les trois datations disponibles situent cette occupation au sein d’intervalles calibrés à deux sigmas compris entre 4322 et 3984 av. n. ère.
La quatrième phase d’occupation regroupe l’essentiel des Faits néolithiques datés par leurs assemblages mobiliers, ainsi que par trois dates radiocarbone. Ce groupe de structures en creux est le résultat d’une ou de plusieurs occupations durant la fin du Néolithique moyen 2, entre les 38e et 36e siècles av. n. ère, durant une phase récente à terminale du Néolithique moyen. La présence résiduelle de terre à bâtir dans certaines fosses néolithiques de cette phase, associée à un foyer à pierres chauffées ainsi qu’à de rares trous de poteaux laisse entrevoir la présence aux Mées d’une occupation de type habitat. Le plan de répartition des Faits néolithiques représentant cette ultime phase fait état d’un regroupement spatial de l’intégralité des creusements associés à cette période dans la partie nord-ouest du site sur une superficie d’environ 700 m².
Les paléochenaux de la zone 2 impactent alors fortement la configuration des implantations humaines du secteur. Vers l’est, la zone est marquée par la rareté des aménagements anthropiques néolithiques. L’absence de structures excavées à leurs abords pourrait résulter de leur érosion par les anciens chenaux, le mobilier anthropique s’y retrouvant piégé en position secondaire. L’hypothèse d’une zone humide non aménageable mais fréquentée et utilisée en bordure d’occupation comme zone de rejet est également envisageable.
En zone 1, la présence de fosses à comblements anthropisés présentant des rejets détritiques est évocatrice d’une occupation de type habitat, matérialisant une ou plusieurs occupations successives durant les phases récentes du Néolithique moyen 2 dans la première moitié du IVe millénaire. Une de ces fosses, datée d’une phase récente de la période par son mobilier lithique caractéristique, est particulièrement évocatrice de la présence résiduelle de structures bâties. Elle a en effet livré un important corpus de terre à bâtir de type bauge ou torchis.
Les périodes suivantes sont représentées par une ou plusieurs occupations protohistoriques datées entre la fin du second âge du Fer et le début de l’Antiquité. Ces occupations se matérialisent par la présence de fosses-foyers rectangulaires à bords rubéfiés, aux comblements peu anthropisés et livrant un mobilier essentiellement céramique résiduel et peu abondant. La datation de ces mobiliers est confortée par quatre analyses radiocarbone indiquant des intervalles compris, après calibration et à 95,4 % de probabilité, entre le IIe s. av. n. ère et le IIe s. de n. ère. Les structures sont réparties dans l’ensemble de la zone de fouille dont certaines dans l’emprise des paléochenaux, ce qui suggère un assèchement au moins temporaire de ces derniers durant cette période.
Les foyers et fosses à comblements détritiques, le mobilier associé et les restes architecturaux (terre crue cuite et fragments de tuiles) indiquent une occupation de type habitat. De fait, les artefacts renvoient à des occupations de type domestique (mobilier céramique) et à des activités de production vivrière (éléments de mouture).
Cinq ensembles construits sur poteaux témoignent quant à eux de la présence sur l’emprise de bâtiments de plans quadrangulaires. À l’exception de deux d’entre eux qui évoquent de possibles greniers, trois autres ensembles présentent des plans incomplets, quadrangulaires ou rectangulaires à une nef. Tout comme leur fonction, leur attribution chronologique reste incertaine, comprise entre le Néolithique et l’âge du Fer ou l’Antiquité.
INTERVENANTS :
Aménageur : SAS Le Séquoia
Prescripteur : DRAC – SRA Provence-Alpes-Côte d’Azur
Opérateur : Paléotime
AMÉNAGEMENT :
Construction d’un lotissement
LOCALISATION :
RAPPORT FINAL D’OPÉRATION :
Référence bibliographique :
DEPARNAY X. (dir.), CURÉ A.-M., BATTENTIER J., CARO J., CIZERON M., PARISOT N., RENAUD A., TILLIER M., Entre Durance et Pénitents : occupations néolithiques, protohistoriques et antiques aux Mées « La Croix » (Alpes de Haute-Provence), Rapport final d’opération, fouille archéologique, Villard-de-Lans : Paléotime. 2026. 2 vol., 762 p.







