La Gloriette (Saint-Aubin, Aube)

 

Le site de La Gloriette (Saint-Aubin, Aube) est localisé dans la région Nogentaise. Il est situé à mi-pente de la colline éponyme et domine le cours de l’Ardusson, un affluent de la Seine qui coule à proximité. Du 25 août au 31 octobre 2014, une équipe d’archéologues issue du groupement des opérateurs Paléotime sarl et Archeodunum sas est intervenue en préalable à l’extension d’un centre de traitement des déchets. Les objectifs définis dans la prescription du service régional de l’archéologie étaient l’étude d’un ensemble funéraire protohistorique, de vestiges d’une occupation médiévale, ainsi que de sépultures et d’un cheminement ancien non datés, identifiés à l’issue du diagnostic. Au total, l’opération a porté sur plus de 2 ha, a mis au jour des indices de fréquentation préhistoriques, un ensemble funéraire protohistorique, les vestiges d’un cimetière et d’un habitat médiéval ainsi que des structures modernes liées à la mise en culture et à l’exploitation du sol.

De rares indices de fréquentations remontant à la Préhistoire ont été identifiés. Ils apparaissent tout d’abord à travers des mobiliers en position résiduelle dans des structures plus récentes (nucléus, lames/lamelles et éclats) ainsi que d’une minière à silex attribuée à la fin du Bronze ancien sur la base de la datation radiocarbone d’un andouiller de cerf présent dans le comblement.

L’ensemble funéraire, fréquenté à la fin de l’âge du Bronze, au Hallstatt et à La Tène, a été décapé quasi intégralement et couvre plus d’1 ha. Il est matérialisé par vingt-huit monuments et groupes cohérents de sépultures, dont vingt-et-un enclos circulaires ou quadrangulaires, fossoyés ou non. Au total quarante-quatre sépultures à inhumation, un dépôt secondaire d’ossements humains et quatorze dépôts secondaires de crémation ont été fouillés. Au sein de cet ensemble, les études des mobiliers métalliques et céramiques, complétées par les datations radiocarbones, permettent d’identifier trois phases principales de fréquentation de cet espace :
– Les monuments les plus anciens remontent à la fin de l’âge du Bronze et au début de la période Hallstattienne. Au sein de cette phase, on compte au moins trois enclos circulaires (ouverts ou non) et seule la crémation est recensée parmi les pratiques funéraires.
– Ensuite, au cours du Premier âge du Fer, une sépulture dotée d’une superstructure en bois, attribuable au Hallstatt moyen, prend place entre les monuments antérieurs.
– Enfin, au début de La Tène, il faut signaler deux enclos quadrangulaires qui accueillent chacun une sépulture féminine richement parée, dont le mobilier (torque, bracelets de poignets, bracelets de cheville en alliage cuivreux pour l’une et torque, fibules et bracelets d’avant-bras, surmontés de bouton en corail) est attribué pour la première au Hallstatt D3/La Tène A1 et à La Tène A2 pour la seconde. Ces monuments initient la dernière phase attribuée à La Tène ancienne qui est la mieux représentée. On observe la mise en place de six monuments, à fossé d’enclos quadrangulaire conservé ou non, regroupant chacun de trois à cinq sépultures. Parmi celles-ci, cinq ont livré des torques en alliage cuivreux et quatre un équipement militaire. Les sépultures les plus récentes ne semblent pas devoir être attribuées après La Tène B2/C1. A plus de 150 m à l’est de l’ensemble funéraire, un groupe de treize sépultures à inhumation des IXe et Xe s. de notre ère a été mis au jour. Elles sont organisées en petits groupes et alignées selon un axe sud-est nord-ouest, témoignant d’une limite aujourd’hui disparue. Il s’agit d’un ensemble d’échelle familiale, probablement associé à un habitat proche qui n’est pas connu. A 200 m, au sud-ouest de ce cimetière, en bas de pente, une petite occupation rurale datée du Moyen Âge central (XIe-XIIe s.) a été découverte. Étudiée sur 1000 m² environ, cette occupation présente un ensemble cohérent de structures d’habitat et de productions agricoles : fonds de cabane, silos à grains, greniers sur poteaux, probable atelier lié à l’activité textile, etc. Située en contrebas des structures agricoles, la zone d’habitat est dominée par un bâtiment quadrangulaire sur poteau, compartimenté et doté d’une pièce excavée.
Ces deux ensembles médiévaux s’inscrivent dans un contexte local marqué par une occupation humaine dense au Moyen Âge central : habitats ruraux reconnus par l’archéologie, proximité de plusieurs centres de pouvoirs locaux (abbayes, sites castraux). Enfin, divers vestiges témoignent de la mise en culture de ces espaces à la fin du Moyen Âge et durant l’époque moderne (structures de plantation de vigne, fosses de plantation, fossés de limite parcellaire, fosses d’enfouissement de blocs de grès) ainsi que d’exploitation des ressources du sous-sol (probable crayère) potentiellement associée au cheminement ancien repéré au diagnostic mais dont la chronologie n’a pu être précisée. L’opération conduite à La Gloriette apporte ainsi des éléments nouveaux pour l’étude des espaces funéraires protohistoriques du Nogentais – où certaines périodes relevées ici sont peu documentées ou ne sont connues que par des fouilles anciennes – et offre, par ailleurs, l’opportunité d’appréhender des occupations rurales médiévales, de faible envergure.

INTERVENANTS :

Aménageur : Sita Dectra
Prescripteur : DRAC – SRA Grand Est
Opérateurs : Paléotime (mandataire), Archéodunum



AMÉNAGEMENT :

Extension du centre de valorisation des déchets



LOCALISATION :

 

 
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