La Pierre Levée (Pussigny, Indre-et-Loire)

 

Les travaux archéologiques menés sur le gisement « le Fond d’Arrêt » et « la Pierre Levée » à l’ouest de la commune de Pussigny (37) par Paléotime, totalisent une superficie de 3,7 ha. Trois zones ont été créées :
– zone 1 – occidentale,
– zone 2 – centrale,
– zone 3 – orientale.

La préservation des vestiges archéologiques est directement liée à la topographie du terrain. En effet, le site se développe sur les craies et les tuffeaux du Turonien, en amont d’un vallon secondaire de la vallée du ruisseau de la Veude, qui se jette dans la Vienne. Sur les versants, le profil de la pente est parcouru en plusieurs points par des dépressions d’axe ouest/est. Elles ont permis la conservation des structures en creux et la mise en place d’un niveau pédo-sédimentaire brun foncé à noirâtre dans lequel plusieurs concentrations de mobilier archéologique ont été piégées.
Au-delà de ces zones dépressionnaires, l’érosion est significative, entraînant la disparition des niveaux archéologiques. Ainsi, le substrat apparaît directement sous la terre végétale. Dans ces parties du site mal conservées, seul le fond des structures en creux nous est parvenu.

Trois grandes périodes sont identifiées sur le gisement : le Néolithique final, le premier âge du Fer et le Moyen-Âge. Le Néolithique est localisé au centre de l’emprise avec deux concentrations de vestiges bien distinctes.
En zone 1, un important niveau sédimentaire brun s’étire du nord au sud sur quasiment toute la largeur de l’emprise formant une bande d’environ 10 m de large. Dans la partie haute, l’érosion reste conséquente et cette couche y présente un faible développement, alors qu’en partie basse elle est mieux conservée. Le mobilier archéologique découvert dans ce niveau est homogène avec beaucoup de tessons de céramique retrouvés à plat. D’un point de vue morphologique et stylistique, la céramique est rarement décorée et les quelques moyens de préhension identifiés, sont majoritairement des languettes horizontales. L’industrie lithique est principalement réalisée à partir de «jaspe» de Fontmaure et de silex turonien de type Grand-Pressigny. Ces deux matériaux témoignent d’un approvisionnement local en matière première. Les objets lithiques taillés se composent de fragments de lame, retouchés ou non, d’armatures à pédoncule et ailerons, de grattoirs sur lame, de scies/racloirs à encoches, de poignards à soie…Le jaspe ne compte pratiquement que des éclats, seul un perçoir a été identifié. En lien avec ce niveau brun et au mobilier qui lui est associé, quelques structures en creux ont été découvertes. Plusieurs alignements de trous de poteau apparaissent, et même en zone 1 si un seul bâtiment se dessine clairement, l’hypothèse de cinq bâtiments sur poteaux peut être avancée dans ce secteur.

La seconde concentration de vestiges attribuée au Néolithique final est localisée en zone 2. La superficie du niveau est moins étendue que la zone 1 car les vestiges ont été préservés uniquement dans la dépression centrale. De plus, ce secteur a aussi été occupé durant le premier âge du Fer avec un fossé parcellaire qui traverse pratiquement toute la largeur de l’emprise, perturbant quelque peu la lecture de la nappe de mobilier dans sa partie occidentale. Dans cet ensemble nous retrouvons des données à peu près identiques à celles de la zone 1. La fragmentation de la céramique est plus importante dans ce secteur. Les décors, comme en zone 1, sont rares. Au niveau du mobilier lithique, les éclats de silex et de jaspe sont nombreux. En revanche, le nombre d’objets finis est proportionnellement très inférieur à celui de la zone 1.
De manière générale, la réoccupation au début de l’âge du Fer, couplée à une activité de charrue pluri-millénaire et aux colluvionnements récurrents, semblent avoir sensiblement plus perturbés le niveau d’occupation. Suite à la fouille manuelle et mécanique de cette couche brune, plusieurs trous de poteau ont été, là encore, mis au jour. Au total dans la zone 2, l’hypothèse de trois bâtiments sur poteaux a été proposée.
En résumé, le Néolithique final s’illustre par une occupation avec des bâtiments sur poteaux. Il existe une certaine homogénéité des modalités architecturales avec d’une part, une orientation dans un axe généralement sud-ouest/nord-est, perpendiculaire à l’inclinaison du terrain et d’autre part, une largeur moyenne de bâtiment de 5 m pour les parties conservées. Ce sont des architectures à deux nefs avec une ligne de poteaux centraux et des extrémités en abside. Malgré la déclivité du terrain en direction du sud-est et l’accumulation sédimentaire du comblement de la dépression en zone 3, aucun vestige se rapportant au Néolithique final n’est clairement avéré.

Le début du premier âge du Fer (Hallstatt C/D) est représenté par quelques rares structures mais en revanche, le mobilier céramique associé est relativement riche.
Le fossé (probablement parcellaire) traversant l’emprise est datant de cette période. Conservé sur une profondeur de 30 cm, il présente un profil en U à fond plat. En direction du sud-est, il est plus évasé et moins profond. Deux niveaux de comblement ont été identifiés. Le niveau supérieur a livré des éléments céramiques datant. Outre ce fossé, les vestiges protohistoriques se concentrent à l’extrémité nord-est de l’emprise en zone 3, exception faite d’une petite fosse isolée située au nord.
Dans ce secteur, le niveau d’occupation se caractérise par la présence de trois vases de stockage conservés uniquement dans leur partie inférieure. Aucun creusement n’a pu être identifié, un remplissage rapide et la faible différence sédimentaire entre l’encaissant et le comblement rendent la lisibilité d’un creusement impossible. Néanmoins, l’un d’eux reposait directement sur un aménagement de blocs de calcaire de taille moyenne. Ce niveau compte aussi deux petites fosses, dont une avec un mobilier céramique conséquent. A proximité de ce secteur, de part et d’autre du creux de la dépression, plusieurs petits aménagements pourraient correspondre à des fonds de trou de piquet. Ils sont tous comblés par le niveau organique brun foncé. Aucun élément datant, ni aucune organisation ne permet d’avancer une quelconque hypothèse sur la fonction et la chronologie de ces creusements.
Ainsi, malgré l’érosion, les vestiges découverts en zone 2 et au nord de la zone 3, témoignent d’une occupation au début de l’âge du Fer qui semble se développer au-delà de l’emprise. La position en zone basse de ce secteur a permis la conservation ponctuelle du niveau d’occupation.

La dernière période identifiée sur le gisement remonte au Moyen-Âge. Trois silos creusés dans le substrat ont été découverts à l’ouest de l’emprise, en zone 1. Leur profondeur varie entre 1,20 m et 1,60 m. Dans un cas, les dalles de couverture du silo ont été retrouvées à son ouverture. Dans les deux autres, les blocs de calcaire ont été retrouvés au centre et au fond du creusement de la structure. Ces silos se rencontrent fréquemment dans la région à l’époque médiévale.

Au terme de ces travaux archéologiques, les apports scientifiques sur le gisement « le Fond d’Arrêt » et « la Pierre Levée » sont nombreux et diachroniques. L’essentiel des découvertes porte sur le Néolithique final, avec un mobilier archéologique et des architectures significatives pour la période au niveau régional. Bien que les éléments du premier âge du Fer soit réduit en superficie, la richesse du niveau et les quelques structures en creux qui nous sont parvenues attestent une occupation non négligeable dont l’étendue se développe au-delà de l’emprise de fouille en direction du nord-est. Enfin, les silos se positionnent dans la continuité des vestiges de cette époque découverts sur les gisements voisins, avec des aménagements souterrains.

INTERVENANTS :

Aménageur : COSEA
Prescripteur : DRAC – SRA Centre-Val de Loire
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

LGV Tours-Bordeaux



LOCALISATION :

 

 
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