Le Chemin d’Epernon (Gallardon, Eure-et-Loir)

À l’issue d’un diagnostic positif au lieu-dit « le Chemin d’Epernon », réalisé en 2011 par le Conseil Départemental d’Eure-et-Loir (28) au nord de la commune de Gallardon (Gauduchon 2012), une fouille a été prescrite sur 11000 m² au centre de la surface évaluée. Les limites de l’emprise tiennent compte de la concentration de vestiges mobiliers en nappe, attribués en majorité au Néolithique ancien, culture de Blicquy-Villeneuve-Saint-Germain, ainsi que d’une vaste fenêtre où se trouvait une densité importante de faits, interprétés comme des trous de poteau avérés ou douteux. Cette densité de faits avait amené les auteurs du diagnostic à proposer l’existence probable d’un bâtiment de type maison longue BVSG.

L’opération de fouille s’est déroulée en plusieurs phases avec un premier décapage exhaustif de la surface pour atteindre les nappes de mobilier, suivi de fouilles manuelles dans les zones de concentration les plus dense, et d’un redécapage dans d’autres secteurs pour vérifier la présence éventuelle de structures sous-jacentes. Au cours de l’opération, une prospection géomagnétique a été mise en place sur l’ensemble de l’emprise décapée qui a mis en évidence la présence d’un tronçon de palissade à double rangée de poteaux au sud de l’emprise. Cette prospection, complétée par une deuxième sur une surface équivalente autour de l’emprise, couvre environ 2,5 ha. Elle a confirmé l’absence d’unité architecturale de type habitation et n’a pas permis de retrouver le tracé de la palissade aux abords proches de l’emprise.

La fouille de l’emprise a finalement révélé trois types principaux de vestiges : une nappe de mobiliers et une concentration de pierres chauffées, une double palissade et de rares structures, notamment deux fours (semi-)enterrés, et un puits.

La nappe de mobilier s’étale sur plus de 4500 m², en s’étiolant progressivement du nord vers le sud. Elle comprend – hors diagnostic – près de 1700 pièces en silex du Crétacé local, en silicite du Tertiaire Bartonien (N = 40) et en silicite exogène comme le silex bathonien de type Cinglais (N = 4), environ 40 instruments macrolithiques (mouture, polissoirs, abraseurs, percuteurs …), 11 éléments de parure en schiste, 877 occurrences de céramique (tessons isolés ou lots) toutes périodes confondues, deux fusaïoles et un anneau en terre cuite pour les éléments les plus marquants. L’industrie lithique se compose pour plus de la moitié des effectifs d’une production d’éclats indifférenciée. Parmi les éléments notoires, on relèvera un fragment de « bipenne » perforée, un nucléus à lames, tous deux en silex du Bartonien et un disque perforé en silex local. D’après les éléments de la chaîne opératoire présents, le site de Gallardon occuperait une place particulière dans les réseaux d’échanges de matières premières exogènes, avec un statut de site « producteur partiel ». L’ensemble se rattacherait en grande partie à la phase moyenne du BVSG. La production céramique se caractérise par de nombreux récipients de forme simple et plutôt ouverte, l’indigence des éléments décoratifs incisés et la fréquence relative des éléments de décor appliqués, cordons lisses et boutons. Ces composants stylistiques, combinés à l’organisation décorative de « V au-dessus des anses », de cordon ou de rangée de boutons sous la lèvre du bord, placent ce corpus dans la phase finale du BVSG selon les étapes établies pour le centre du Bassin parisien. Ce décalage relatif de la chronologie interne du BVSG entre industrie lithique et corpus céramique ouvre les discussions sur le moment d’apparition des cordons lisses, et sur leur signature culturelle et régionale. La région Centre, tout comme la région normande, possède des séries où les cordons sont un élément décoratif plus précoce, côtoyant un BVSG plus classique dès la phase moyenne. N’oublions pas que le mobilier de Gallardon est issu d’une nappe qui a subit quelques avatars au cours du temps, sans doute une troncature de sa partie supérieure. Par ailleurs l’absence d’un espace structuré d’habitat rend délicate l’interprétation de cette nappe et de sa position spatiale et fonctionnelle au sein d’une occupation villageoise.

Une concentration de pierres chauffées sans structuration évidente, a livré un tranchant de lame de hache polie en silex, très altéré par la chauffe. Cet élément donne un terminus post quem à la structure, au plus tôt au Néolithique moyen II et atteste une autre occupation du site, sans espace structuré visible au niveau de l’emprise. Quelques microdenticulés témoignent également de traces fugaces vers la fin du Néolithique.

L’élément le plus marquant de la fouille, et totalement inattendu, est le tronçon de palissade à double rangée de poteaux individuels, découvert par la prospection géomagnétique au sud de l’emprise. Ce segment dessine une courbe festonnée relativement prononcée d’environ 85 m de long et ne montre pas d’interruption notoire. Au total, 70 trous de poteau composent cet ensemble identifié pour moitié lors des différents décapages et complété par le plan des anomalies magnétiques. En l’absence de tout indice datant, seules des datations sur charbons de bois ont été possibles, cinq sur chêne et une sur noisetier. Les résultats s’étalent entre 5470 et 4725 BCE à 95,4 % d’intervalle de confiance, soit la totalité du Néolithique ancien. Les questions de l’association des charbons avec les structures se posent – bien que tous les échantillons proviennent des fantômes des poteaux – ainsi que la question d’un effet bois vieux, bien que les diamètres des fûts et la mesure des cernes de croissance ne donnent pas un âge d’abattage très ancien, dépassant pas l’intervalle de confiance. Par ailleurs les comparaisons auraient tendance à valider un modèle de construction plus fréquent à la fin du Néolithique, bien que la double palissade de Sublaines – « le Grand Ormeau » remonte également au Néolithique ancien BVSG sur la base d’une série de datations par le radiocarbone (Frénée et al. 2014). C’est le seul exemple régional comparable, qui pose les mêmes questions sur sa chronologie absolue et sa fonction. À proximité immédiate de la palissade et en dehors de celle-ci, se trouvait une structure sans mobilier et de fonction indéterminée, avec un résultat radiocarbone de 4435-4250 BCE (CIRAM-10313), soit la fin du Néolithique moyen I. Elle fait écho à une fosse isolée proche, fouillée au diagnostic, qui a livré notamment une bouteille attribuable au Néolithique ancien/moyen I. Ces deux structures et leur attribution chronologique illustrent un autre événement, dont l’importance n’est pas saisissable, ni son rôle éventuel avec la palissade.

Deux fours ont été mis au jour sur l’emprise, l’un dans la partie nord-ouest (F051) et l’autre dans la partie sud-est (F081). Ils se caractérisent par une sole et des parois rubéfiées irrégulières en cloche, ainsi que par une utilisation sélective de bois de chêne mâtures, évoquant plus un lien avec une activité spécifique que proprement domestique. Une datation radiocarbone sur charbons de chêne et de noisetier a permis de les placer au Néolithique ancien, dans la première moitié du 6e millénaire avant notre ère, respectivement 5310-5075 BCE (CIRAM-7490) et 5470-5225 BCE (CIRAM-7491). Ces deux structures correspondent à des fours fermés, enterrés ou semi-enterrés, contemporains des dates anciennes de la palissade.

À part un puits isolé au nord-est et non fouillé, pouvant sous toute réserve remonter à l’Antiquité, quelques structures éparses d’âge indéterminé de type trou de poteau ou fosse complètent le plan d’ensemble. Elles ne présentent toutefois aucune organisation spatiale et ne peuvent être rattachées à aucune des phases du Néolithique présentes sur le site.

La découverte d’un site du Néolithique ancien BVSG complète le réseau régional de sites de cette époque et instaure un jalon de plus entre les sites franciliens (plateau de Longboyau) et les sites ligériens de plus en plus nombreux. Il s’inscrit dans un réseau de ressources minérales siliceuses, dont les origines gîtologiques témoignent de relations ou d’échanges multidirectionnels vers la région francilienne et vers les côtes normandes. Les éléments de parure en schiste se tournent vers des approvisionnements de produits finis des régions normandes ou armoricaines, tandis que la stylistique céramique démontre un ancrage avec les sites du Gâtinais et la fin du Néolithique ancien (culture de Blicquy – Villeneuve-Saint-Germain). L’ensemble concoure à affirmer l’existence d’activités domestiques au niveau de la nappe de mobilier, voire à la présence d’un habitat très proche, dont toutes traces, même magnétiques, auraient disparu. Il s’agirait néanmoins d’un site à statut particulier au sein des réseaux, gérant une partie des ressources minérales exogènes, statut induisant peut-être l’installation d’une enceinte palissadée, marquant les lieux et le paysage.

Lien vers le reportage réalisé par la Communauté de communes : cliquez ici.

INTERVENANTS :

Aménageur : Communauté de communes Val de Voise
Prescripteur : DRAC – SRA Centre-Val de Loire
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

ZA Saint-Mathieu



LOCALISATION :

 



RAPPORT FINAL D’OPÉRATION :

Référence bibliographique :
HAUZEUR A. (dir.), DAVIDOUX S., GOURIO L., VAISSIÉ E., VISSAC C. — Occupations néolithiques au « Chemin d’Epernon » (Gallardon, Eure-et-Loir), Rapport final d’opération, fouille archéologique. Villard-de-Lans : Paléotime, 2025. 2 vol., 528 p.

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