Les Basses Veuves Zone 2 (Pont-sur-Yonne, Yonne)

 

Le terrain concerné par cette opération de fouille se situe en limite septentrionale de la commune de Pont-sur-Yonne, dans la plaine alluviale de la vallée de l’Yonne, en rive gauche d’un important méandre de la rivière. L’emprise est localisée sur l’interfluve séparant deux paléochenaux de l’Yonne comblés à partir du Tardiglaciaire et déjà identifiés lors du diagnostic conduit par S. Lenda (INRAP) en 2013.
La fouille s’est déroulée du 8 octobre au 21 décembre 2018. Elle a révélé la présence d’au moins quatre occupations, du Premier Mésolithique à l’âge du Fer, de part et d’autre d’une paléoforme chenalisante d’axe nord-ouest/sud-est.

Le Mésolithique est principalement représenté par une nappe de silex taillés (nommé ST276) identifiée au sud-ouest de l’emprise de fouille, en rive gauche de la paléoforme, au sein d’un matériau alluvial argileux, hydromorphisé. Le mobilier est associé à sept traces foyères, consistant en zones de terre rubéfiée aux contours irréguliers, et comportant quelques petits charbons qui ont fait l’objet de prélèvements en vue de datations.
La fouille a livré plus de 5750 silex taillés (pour une masse totale de 22,7 kg) dont près de 700 sont cotés in situ, plus de 1250 proviennent du tamisage, le reste étant issu d’un prélèvement par quart de mètre carré.
En termes d’effectifs, plus de 50 % de la série lithique est marqué par la présence d’esquilles et de débris, le reste est composé de 75 nucléus, 830 lamelles et 1800 éclats. Cet assemblage de plusieurs milliers de pièces semble être bien représentatif pour comporter tous les éléments de(s) chaîne(s) opératoire(s) de débitage réalisées sur place (au moins de façon partielle).
Les premières observations, tant technologiques que typologiques, mettent en évidence un débitage spécifiquement orienté vers une production d’éléments lamellaires utilisés pour la confection d’armatures de flèches microlithiques. Les blocs sont importés bruts et sommairement mis en forme sur le site (épannelage rapide des surfaces corticales et ouverture du ou des plans de frappe). Les nodules sélectionnés étant plutôt allongés, la majorité des nucléus sont à deux plans de frappe opposés, le second étant secondaire et exclusivement restreint aux phases d’entretien. Les produits lamellaires de première intention sont ensuite fracturés par la technique du microburin (n = 85) pour la confection de pointes axiales à troncatures obliques et de pointes à base transversale (n = 55).
Fait marquant aux « Basses Veuves », les produits lamellaires issus du plein débitage sont rares, probablement emportés hors du site à l’instar des armatures de flèches. En effet, la majorité des pièces qui nous sont parvenues sont des éléments issus des phases d’entretien et les armatures sont rarement complètes ou présentent des cassures de fabrication. On notera que plusieurs ébauches ont également été identifiées.
L’assemblage lithique de la ST276 semble montrer une certaine cohérence technologique comme typologique et serait à rapprocher d’une phase ancienne/moyenne du Premier Mésolithique régional dans l’attente d’une batterie de datations radiocarbones. L’hypothèse d’une occupation orientée vers la confection quasi exclusive d’armatures de flèches semble tout à fait envisageable. Hypothèse qui ne manquera pas d’être vérifiée par une analyse spatiale approfondie et une série de tests de remontages/raccords au sein de cet assemblage.

Le Néolithique et la Protohistoire sont figurés par un épandage de mobilier mis en évidence au sein des différents comblements de la paléoforme chenalisante du centre d’emprise et d’un paléosol marquant une longue phase de pédogenèse sous couvert forestier, reconnu sur l’ensemble de l’aire ouverte. Ce dernier avait déjà été identifié sur l’emprise fouillée en 2015 (Fénéon L. dir., 2016). Contrairement à cette dernière, le mobilier est ici bien plus abondant, avec plus de 3700 éléments d’industrie lithique taillée, 410 tessons de céramique et plus de 630 fragments d’ossements de faune.

Si aucune structure en creux n’est clairement rattachable au Néolithique en l’état actuel de l’analyse des données de terrain, un polissoir en grès fin d’1,50 m de long a été mis au jour en position secondaire. Sa face active reposait au sol et présente de nombreuses rainures et cuvettes à surface lisse. Est-il également à associer aux occupations protohistoriques ?

La Protohistoire est illustrée par 230 structures excavées, consistant essentiellement en trous de poteau, associés à quelques fosses, structures de combustion et concentrations de mobilier. Elles sont implantées quasi exclusivement en rive droite de la paléoforme chenalisante du centre d’emprise.
Le premier tri chronologique du mobilier céramique que renfermaient les structures en creux permet de distinguer un minimum de trois phases d’occupation : âge du Bronze moyen, âge du Bronze final et Hallstatt. La lecture des plans de bâtiment sur poteaux porteurs est ainsi complexifiée par la superposition de ces occupations et par un mobilier peu discriminant. Malgré ces difficultés de lecture, une dizaine de bâtiments a déjà pu être identifiée.
Dans les prochains mois, l’étude des différents mobiliers collectés et les études paléoenvironnementales permettront de définir l’organisation et la fonction de chacune des occupations et la présence d’aires d’activités spécialisées, notamment à proximité des quelques concentrations de silex thermofractés mises en évidence et dont la fonction reste encore sujette à interrogation.

INTERVENANTS :

Aménageur : Matériaux Routiers Franciliens SAS
Prescripteur : DRAC – SRA Bourgogne-Franche-Comté
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Extension d’une carrière



LOCALISATION :

 

 
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