Mitra 5 (Garons, Gard)

 

La fouille d’archéologie préventive de Mitra 5 intervient au préalable de la poursuite de la construction de la ZAC de Mitra sous la maîtrise d’ouvrage de la SAT (Société d’Aménagements des Territoires). La fouille est située au sud de la commune de Garons dans le Gard, directement dans la continuité septentrionale de la fouille de Mitra 3, réalisée en 2012 par l’opérateur Chronoterre (Sendra et al. 2012). Durant cette première opération, le départ d’un système fossoyé complexe fontbuxien a été découvert. Il témoigne de plusieurs phases de creusement et d’occupation du site. Parallèlement, des fosses, des silos et trois inhumations en fosse ont été découvertes.
La fouille de Mitra 5 se trouve donc directement au nord du chemin qui sépare les deux opérations. Le diagnostic archéologique réalisé en 2016 confirme la présence de l’ensemble des réseaux fossoyés de la culture du Fontbouïsse. Il confirme que ces données s’accompagnent de structures en creux classiques d’une occupation domestique. En revanche, au nord, un autre aménagement de fossé de forme plus ou moins quadrangulaire apparaît.
Suite à ces découvertes, la prescription émise par le Service Régional de l’Archéologie de la région Occitanie porte sur une emprise de 2 ha, encadrant l’ensemble des vestiges découverts durant le diagnostic. Toutefois, la présence d’une canalisation amianté à l’ouest nous a amené à réduire l’ouverture sur toute la partie occidentale. La superficie ouverte est de 17 500 m².

Les hommes se sont installés au niveau d’un ancien talweg comblé par plusieurs séries de limons lœssiques. Les vestiges apparaissent sous l’UPS1 composée de la terre végétale et des labours. Toutefois, ces derniers sont profonds et entament en partie l’UPS2 qui constitue l’encaissant des structures de Mitra 5.

Nous avons scindé la fouille en deux secteurs distincts avec au sud, l’ensemble du système fossoyé, en lien avec l’occupation domestique, et au nord, le fossé quadrangulaire.

Pour le secteur sud, la plus ancienne phase d’occupation identifiée appartient Néolithique final 2a et à la culture du Ferrières. Il s’agit d’un silo et de trois fosses contenant des rejets anthropiques caractéristiques de cette culture, et datés de la fin du IVe millénaire avant notre ère.
Les fossés concernent uniquement le Néolithique final 3 et la culture Fontbouïsse. Nous avons identifié un fossé central, une série de fossés internes, une autre dite intermédiaire et une série de fossés externes. Ils témoignent d’une évolution de l’occupation de l’espace depuis le Fontbouïsse ancien jusqu’au Fontbouïsse 2.
Les fossés internes sont les premiers à être creusés sur le site. La surface ceinte est estimée à environ 3400 m². Ils ont fait l’objet de recreusement, de dédoublement témoignant de leur longue utilisation. L’occupation évolue avec la mise en place de plusieurs enclos, de façon plus ou moins contemporaine dont l’un d’entre eux conserve des tombes en logettes à la base. C’est durant cette phase que le fossé central, probablement palissadé est installé.
Ces premiers creusements appartiennent au Fontbouïsse ancien et semblent perdurer jusqu’au début du Fontbouïsse 1, identifié d’une part au travers du mobilier céramique et lithique et d’autre part à partir des datations faites sur les individus. Les sols d’occupation ne sont pas conservés, mais la présence de nombreux éléments d’architectures en terre crue, dont certains matérialisant l’effondrement d’un mur dans le fossé central, atteste de l’existence d’élévation en terre crue sur le site dès cette époque. Les rejets domestiques sont nombreux et permettent l’identification de diverses activités domestiques pratiquées sur le site : taille du silex, production céramique, traitement des peaux…
Enfin, l’altération du substrat issue de la décomposition de matière organique dans un secteur touchant le fossé central, ainsi que l’accumulation de particules phosphates d’origine animale dans l’un des fossés de cette phase témoignent d’une activité pastorale confirmée par un cheptel composé de bovin et de caprinés.
Par la suite, l’espace occupé s’agrandit entre 8000 et 10 500 m² et évolue. Les petits enclos attribués au pastoralisme disparaissent au profit de fossés sinueux appuyés par la présence de bastions dans la partie occidentale des fossés intermédiaires et externes. Ces fossés sont creusés durant le Fontbouïsse 2. Là encore, les études du comblement de ces fossés témoignent d’une longue utilisation, en particulier pour les fossés intermédiaires. Les fossés externes sont plus problématiques car d’après les données acquises sur Mitra 3, l’un d’entre eux pourrait avoir fait l’objet d’un recreusement avec une réduction de l’espace occupé au sud. Ce même fossé a servi à plusieurs reprises de zone de dépose d’individus dans des tombes en logette. D’ailleurs un possible aménagement de type margelle a été identifié dans le fossé pour la circulation à l’intérieur. Parallèlement, cette phase du Fontbouïsse 2 conserve un grand nombre de structure en creux, essentiellement des fosses et plus rarement des silos. Quelques grands creusements ont également été découverts, dont une zone d’extraction de terre. Parmi ces grandes structures, une cave-silo conserve l’effondrement d’une partie d’une architecture en terre crue, probablement suite à un incendie.
Enfin, des aménagements semi-excavés ont été découverts au sud de l’emprise de Mitra 5. Ce secteur semble occupé dès le Fontbouïsse ancien, mais les données les plus importantes appartiennent au Fontbouïsse 2, avec la conservation partielle de l’élévation d’un mur en terre massive sur lequel s’appuyait probablement une toiture. Cet aménagement, au vu des vestiges conservés à l’intérieur, est interprété comme une zone d’activité artisanale, dont de la taille du silex.

Dans toutes les phases du Fontbouïsse le funéraire est omniprésent avec au Fontbouïsse ancien des inhumations puis le fossé funéraire autour duquel se développe près d’une quarantaine de tombes. Parallèlement des tombes en logette aménagées au fond des fossés dans le secteur sud jusqu’au Fontbouïsse 2 et des inhumations en fosse dispersées dans ce même secteur, mais rarement éloignées d’un fossé. Aucune récurrence dans le mode d’inhumation n’a été mise en évidence, ni aucun recrutement privilégié suivant le secteur ou la phase d’occupation. De même, des tombes individuelles côtoient des tombes multiples, certaines conservent des aménagements en pierres, d’autres n’en ont pas…

Les rejets domestiques sont très nombreux sur l’ensemble du site permettant ainsi de créer une phase assez resserrée de l’occupation fontbuxienne appuyée par des datations C14.
Le site de Mitra dans son intégralité (Mitra 3 et 5) rentre donc dans la catégorie des sites fossoyés fontbuxiens bien connus dans la région et la plaine nîmoise et de nombreux parallèles peuvent être établis avec ces sites (Fumérian à Manduel ou encore Moulin Villard à Caissargues…). Cependant l’intégralité du système fossoyé a pu être appréhendée, ce qui reste relativement rare. La présence d’un secteur funéraire à proximité de l’habitat témoigne d’une organisation de l’espace séparant le monde des vivants et le monde des morts durant le Fontbouïsse ancien et le Fontbouïsse 1, chose inédite à l’heure actuelle pour cette période. En revanche, cette séparation semble plus floue au Fontbouïsse 2 puisque le secteur funéraire au nord semble abandonné au profit d’aménagements de tombes au fond des fossés.

A l’ouest de l’emprise, mais principalement hors de l’implantation fontbuxienne, un petit ensemble de structure en creux a été découvert. Il s’agit de fond de fosse et d’une zone d’extraction de terre du Bronze final 1. Cependant, la remontée de la terrasse alluviale a limité la profondeur de creusement. Cette période n’est pas totalement inconnue puisque le même type de vestige a été découvert à Mitra 2, avec deux carrières d’extraction de terre et des silos du Bronze final 3.

Enfin, quelques rares vestiges attribués à l’Antiquité lato sensu ont été découverts au nord et au sud de l’emprise de fouille. Il s’agit de quelques fonds de fosse, d’un puits et d’un fossé attribué à du parcellaire au nord de l’emprise. Au sud, une voie antique se développait sous un chemin moderne et qui a impacté sur la conservation des vestiges néolithiques. L’ensemble de ces structures n’ont pas livré d’éléments permettant de resserrer la chronologie de cette période.

INTERVENANTS :

Aménageur : Société d’Aménagement du Territoire
Prescripteur : DRAC – SRA Occitanie
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Plateforme logistique



LOCALISATION :

 

 
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