Orlyparc (Athis-Mons, Essonne)

 

À l’issue des études menées sur le site de la future extension logistique d’Orlyparc, au lieu-dit « les Coutures », de part et d’autre des limites communales des agglomérations d’Athis-Mons (91, Essonne) et de Villeneuve-le-Roi (94, Val-de-Marne), plusieurs occupations ou indices d’occupation d’âge très différent ont été mis en exergue, témoignant de la pérennité de l’implantation humaine sur le territoire. La fouille de 38175 m² s’est déroulée du 04 septembre au 24 novembre 2017 et fait suite à un diagnostic positif pour les périodes du Néolithique ancien et de l’âge du Bronze sur l’emprise. Des vestiges d’occupations laténiennes et gauloises ont été mis en évidence hors emprise prescrite.

D’un point de vue méthodologique, le niveau d’ouverture des structures se trouvant à des niveaux variables de lisibilité, le décapage mécanique a été repris aux endroits les plus sensibles et a permis de compléter les informations spatiales obtenues à l’issue du premier décapage général. En outre, vu l’absence de plans d’habitations BVSG, dont on s’attendait à trouver les implantations, une prospection géomagnétique a été réalisée et a confirmé l’absence de trous de poteau au niveau des unités d’habitation. L’emprise a été scindée en deux secteurs, le Nord et le Sud, séparés physiquement par l’implantation d’une voirie moderne asphaltée, dont l’assise a perturbé les niveaux sédimentaires supérieurs et donc les fosses et trous de poteau potentiels et par le passage de réseaux souterrains actifs. Cette partie de l’emprise a donc été évitée.

Pour le Néolithique ancien, la période du Blicquy – Villeneuve-Saint-Germain (BVSG) est illustrée par au moins quatre, voire huit, unités d’habitations matérialisées par les alignements de fosses latérales. Le premier ensemble, le plus dense, est localisé dans l’angle sud-oriental de l’emprise de fouille, avec une dizaine de fosses, peut-être les indices vestigiaux d’un tronçon de tranchée de fondation et de rares trous de poteau, conservés sur moins de cinq centimètres. L’organisation spatiale des fosses indique la présence d’une unité d’habitation entre les deux alignements les plus méridionaux, tandis que les autres fosses suggèrent la présence de deux autres habitations, sans pouvoir préciser leur orientation réelle. Une autre unité d’habitation est nettement plus tangible, bien que tout aussi évanescente que les autres, située entre les deux longues fosses latérales, en limite d’emprise dans le « secteur Nord ». Les résultats de la prospection géophysique valident ces hypothèses pour la zone d’habitat du « secteur Sud » et confortent l’hypothèse de la poursuite du site vers le sud.

Le mobilier contenu dans les fosses révèle un mobilier céramique caractérisé par des récipients de taille moyenne, essentiellement non décorés. Les quelques décors et applications évoquent plusieurs phases du BVSG d’après les sériations locales. Le mobilier lithique s’inscrit en conformité avec les autres industries lithiques régionales, à savoir une acquisition des matières premières locales (silcrètes ou silex meuliérisés du Tertiaire) et extra-régionales (Crétacé supérieur et Bartonien), ainsi que des importations de silicite de la région du Cinglais. Le débitage est orienté vers la production d’éclats et la présence de lames obtenues par percussion indirecte est notable. L’outillage est peu important, avec surtout des lames utilisées, quelques grattoirs, burins, éléments de faucille et une seule armature. Plusieurs outils sur masse ou sur gros éclats (denticulés et pièces esquillées ou martelées) complètent la panoplie. Parmi le mobilier recueilli dans les diverses fosses, figurent de nombreux anneaux en schiste, brisés mais entier ou fragmentés. La variété des matières premières, des types de bracelets conjointement à l’absence de tout déchet de fabrication prônent pour un apport de produits finis venus d’horizons divers, mais vraisemblablement du massif Armoricain. Un pendentif a été réalisé aux dépens d’un segment de bracelet, le plus large de la série. Un autre pendentif attribué par analogie stylistique à la même période a été récolté dans une zone riche en terre crue cuite du « secteur Nord », dont l’attribution chronologique est sujette à discussion (BVSG ?). Plusieurs fragments d’instrument de mouture (meule dormante, molette) ou pondéreux de type broyons, abraseurs etc. témoignent de la vocation domestique des lieux. L’analyse de phytholites dans deux fosses indique la présence de végétal, en quantité parfois importante, et sans doute les déchets du nettoiement des récoltes.

Au niveau spatial, il y a donc deux zones d’habitat séparées par une zone vierge de tout vestige de cette époque, exception faite de quelques éléments lithiques résiduels. La périodisation interne de ces deux aires d’habitat n’est pas simple et leur relation éventuelle n’est matérialisée par aucun remontage.Toutefois un scénario peut être esquissé, en simplifiant les attributions chronologiques stylistiques et en se basant sur un nombre minimal de maisons sur l’emprise, il n’y aurait grosso modo que deux étapes : la première avec une unité d’habitation rattachée au BVSG ancien au centre et une autre avec une seule maison au nord, une au centre et trois (?) au sud (en référence à la prospection géomagnétique), qui auraient été bâties (successivement?) dans un temps rapproché au BVSG récent.

L’âge du Bronze ancien est documenté par deux structures, une fosse-silo localisée au cœur de l’habitat BVSG qui avait été en partie fouillée au moment du diagnostic et une fosse adjacente. Ce sont les seuls vestiges de cette époque sur l’emprise, suggérant la présence d’un habitat dans les environs, vraisemblablement au sud et à l’est des limites méridionales de la fouille, sous la voirie et les bâtiments de la logistique d’Aéroport de Paris.

L’époque de l’âge du Fer est au contraire bien représentée avec une série de structures de fonction différente et étalée sur toute la période. Deux silos ont été datés du Ha D1 par la céramique ; une structure d’extraction, trois silos et une fosse du LT B et plus particulièrement de la phase B2. S’ensuit un silo de la transition LT B2-C1, puis une fosse et un puits à eau du LT C-D1. Ces structures se trouvent plutôt isolées sans organisation précise. Tout au plus peut-on y voir les traces d’une implantation rurale en dehors de la zone domestique proprement dite. La période la plus intense se situe à La Tène D, notamment l’enclos quadrangulaire, en plus de fosse, puits, citerne et puisard et au LT D2 avec encore un puits et une fosse. Un trou de poteau appartenant au grenier pourrait être daté de La Tène ancienne, tandis que 13 structures (fosses, silos, puisard et trous de poteau) sont attribuées à la Protohistoire sans plus de précision.

Une petite exploitation rurale est datée entre le Hallstatt D1 et La Tène B1 et est constituée d’une vingtaine de structures : structures de stockage et un bâtiment sur quatre poteaux de type grenier. Quatre fosses dont deux fosses en fente participent également à cette occupation. L’une d’elle a livré les restes de deux défunts inhumés dans des enveloppes souples. La trame relativement lâche des structures, l’absence de réseau fossoyé et l’étude du mobilier permettent de placer cette occupation dans la catégorie des petits habitats ouverts à vocation agricole largement dévolu au stockage.

S’ensuit un établissement rural à enclos fossoyé daté de La Tène C à La Tène D2b, dont les zones d’activités domestiques et artisanales principales sont éloignées puisque les rejets anthropiques découverts dans les comblements des fossés et des autres structures sont réduits. Ces rejets font malgré tout état d’activités de métallurgie et de boucherie à proximité, ainsi que du contrôle de l’eau par la présence de quatre puits et deux puisards, creusés avant et durant le fonctionnement de l’enclos.

Le site a révélé la présence de douze fosses en fente dont le profil transversal est en « Y » plus ou moins prononcé et dont le profil transversal est en auge à fond plat ou dans un cas en « W ». Ces fosses particulières sont réparties sur le site, en deux groupes de maillage très lâche et sans que l’on puisse établir une quelconque relation spatiale et chronologique avec les structures voisines. L’une d’elle – située au cœur de l’habitat BVSG – a livré deux squelettes humains datés du Premier âge du Fer, une autre un jeune bovidé déposé presque sur le fond et daté par le radiocarbone du IVe millénaire ; le restant ne contenait aucun mobilier. Malheureusement les analyses palynologiques et les dates radiocarbone réalisées sur certaines de ces structures n’ont pas apporté d’éléments d’interprétation.

Après une longue période sans vestiges, ce qui ne signifie pas que les terres étaient inexploitées, en témoignent les plans d’intendance du Roy, on retrouve les traces du parcellaire napoléonien avec la limite entre les deux communes et des traces d’exploitation agricole des XVIIe-XIXe siècles. Enfin les derniers vestiges correspondent aux voiries de circulation et petits bâtiments annexes du fonctionnement de l’aéroport d’Orly vers le milieu du XXe siècle. Les traces et les vestiges des bombardements allemands et alliés ont impacté l’emprise de fouille.

INTERVENANTS :

Aménageur : Aéroport de Paris
Prescripteur : DRAC – SRA Île-de-France
Opérateurs : Paléotime, Eveha (sous-traitant)



AMÉNAGEMENT :

Extension du site Orlyparc



LOCALISATION :

 



← Retour à la liste des fouilles préventives