Petit Beaulieu (Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme)

 

Un grand habitat de l’âge du Bronze ancien (1900-1700 avant J.-C.) et sa nécropole

Le chantier archéologique de Petit Beaulieu a débuté le 17 mai 2010 et s’est terminé le 18 mai 2011. La fouille était prévue sur une durée de 10 mois, mais la découverte en marge de l’habitat, d’une nécropole classée en découverte de nature exceptionnelle par l’État, a nécessité deux mois de travail supplémentaires.

Résultats

Sur le terrain

Aucun sol ancien n’a été conservé et de ce fait, seuls les vestiges enterrés nous sont parvenus.
Environ 2500 structures ont été documentées. Il s’agit le plus souvent de fosses circulaires qui ont été creusées dans le sol, puis comblées lors de leur abandon. La plupart de ces fosses sont des unités de stockage. Certaines sont des silos enterrés pour les céréales, d’autres ont une fonction de stockage indéterminé pour l’instant. Quelques fosses ovales de plusieurs mètres de longueur sont de véritables caves sans doute couvertes à l’époque de leur utilisation.
Des fosses de petites dimensions sont des fondations pour des poteaux en bois, calés ou non par des pierres. Ces vestiges d’architecture sont modestes mais précieux, et ils nous permettront de reconstituer la présence de bâtiments de terre et de bois, dont les superstructures ont disparu. Pour l’instant, aucun plan de bâtiment ou de groupement ne se dessine nettement et nous ne pouvons pas vraiment parler d’un plan de village.
Le remplissage des fosses est variable. Certaines sont vides de mobilier, d’autres plus ou moins riches en objets cassés. Il s’agit alors de dépotoirs.
Certaines fosses ont reçu des dépôts intentionnels :
– des vases entiers (environ 70), disposés le plus souvent dans de petites excavations creusées exprès ; il s’agit d’inhumations de périnataux ou de très jeunes enfants ;
– des quartiers d’animaux ou des bêtes entières, seuls ou groupées ;
– des « mises en scène » d’os animaux ou humains, soit groupés, soit disposés dans des espaces réservés au sein des fosses, etc. La signification de ces gestes nous échappe pour l’instant, mais ils démontrent le lien fort existant alors entre les hommes et les animaux ;
– des inhumations humaines ; une vingtaine de sépultures ont été disposées dans des fosses sans doute réemployées après une première utilisation. Les individus sont surtout des adultes, hommes et femmes, en position contractée sur le côté, bras et jambes repliés.

Mais la découverte la plus inattendue est venue d’une partie du terrain qui n’avait pas fait l’objet d’un diagnostic approfondi.
En bordure de l’habitat, une véritable nécropole du Bronze ancien regroupe une cinquantaine de structures funéraires, et se prolonge sous la route. Les architectures sont imposantes et diversifiées. Le principe directeur est celui d’une chambre funéraire souterraine construite en pierre et bois, surmontée ou non d’un dispositif visible en surface. Une fosse pouvant atteindre 3 m de longueur est d’abord creusée, au fond de laquelle est souvent disposé un dallage. Un coffre en bois est construit à l’intérieur et l’espace entre le bois et le creusement est comblé de pierres, disposées avec plus ou moins de soin. La couverture est assurée par un plafond de bois, recouvert de pierres pour fermer le dispositif. Dans certains cas, il est probable qu’un petit tertre surmontait le coffre : le tout devait ressembler à un tumulus.
Quatre grands monuments rassemblent chacun plusieurs structures. Dans trois cas, un grand coffre central reçoit un défunt, et un fossé est creusé sur le pourtour, sur un diamètre de 8 à 12 m. Des sépultures d’adultes, d’enfants ou de périnataux sont disposées autour de deux de ces coffres, soit dans le fossé, soit auprès du coffre central. Le monument D est encore plus imposant avec un dallage de pierre qui ceinture le coffre central, dallage bordé lui-même par plusieurs sépultures adventices. Ce dispositif est probablement le soubassement d’un cairn arasé par l’érosion et les labours.
D’autres coffres livrent plusieurs individus dans une même structure, avec dans certains cas, réduction des os d’un premier défunt pour « faire de la place » au suivant. Dans deux cas, des individus féminins présentent un fœtus dans le bassin. Il s’agit alors de femmes mortes en couches ou peu avant l’accouchement.
Le mobilier funéraire est très rare : un individu avec un poignard et une épingle en bronze, un autre avec une douzaine de petites perles autour de la tête ; plusieurs coffres recèlent le dépôt d’un pot en céramique.

Il s’agit donc d’une véritable nécropole, avec de grands et de petits monuments, visibles en surface du sol. Des alignements sont perceptibles, certains coffres sont réutilisés, ce qui démontre à la fois une implantation planifiée et une longue durée d’utilisation, peut-être sur plusieurs siècles. Il faudra réaliser de nombreuses dates 14C pour en préciser la chronologie.

Le mobilier

Les objets collectés sont nombreux et variés :
– de la céramique entière ou fragmentée, qui nous permettra de dater en finesse les occupations humaines et de connaître la gamme des activités pratiquées sur le site. Nous pouvons estimer le corpus découvert à plusieurs milliers de récipients. On reconnaît dès à présent la panoplie de l’âge du Bronze ancien, avec de grands pots à cuire en forme de tonneau ou plus sphériques, et des vases plus petits, des tasses, des bols, à paroi plus fine. Les décors sont imprimés dans la pâte avant cuisson ou sont rapportés sur le pot : cordons, languettes, anses ;
– des récipients en terre crue, parfois un peu séchée ou cuite, qui constituent un ensemble exceptionnel pour cette période ;
– des outils en pierre destinés au broyage, à la mouture et à la percussion : certains sont entiers mais la plupart sont retrouvés sous forme de fragments. Il s’agit de meules à broyer les grains en farine, de percuteurs pour la fabrication d’outils en pierres, etc. Au total, ils représentent un poids d’une tonne et demi ;
– des outils du quotidien en silex taillé, en os et en bois de cerf travaillé : ils sont rares sur toute la fouille ;
– des outils et armes en bronze : ils sont encore plus rares : 2 lames de poignard, dont une retrouvée dans une des sépultures de la nécropole ;
– des objets de parure : ils sont très rares eux aussi : quelques perles et pendeloques en os et coquillage, une épingle en bronze, retrouvés essentiellement dans les sépultures ;
– des vestiges osseux : c’est tout ce qu’il reste des animaux consommés ou sacrifiés. Nous avons une quinzaine de fosses avec des animaux entiers : essentiellement des canidés (chiens), bovidés (bœuf, vache, taureau), ovicapridés (mouton et/ou chèvre), déposés seuls ou en groupe (au plus, une vingtaine dans un puits), parfois associés à des sépultures humaines. Les bovidés devaient faire l’objet d’une attention particulière puisque vingt cinq fosses ont livré des crânes déposés avec soin. De nombreuses autres fosses contenaient des rejets de boucherie : os épars, segments de rachis, pattes plus ou moins entières, etc. La quasi-totalité des restes osseux appartient à des animaux domestiques : bœuf, porc, mouton, chèvre et chien sont les espèces dominantes ;
– des vestiges botaniques : plusieurs dizaines de fosses contiennent des graines carbonisées dans leur comblement. Nous avons fait des prélèvements systématiques qui sont tamisés à des mailles fines (0,5 mm) et qui vont être étudiés par une spécialiste afin de déterminer les espèces de graines (surtout des céréales), savoir si elles sont sauvages ou cultivées, quelles sont les variétés de semences, les façons culturales, etc. ;
– des restes humains : la plupart sont les squelettes retrouvés dans les sépultures, mais nous avons aussi découvert des os humains épars dans certaines fosses. Il s’agit peut-être de reliques, ou de tombes détruites à l’époque.

Premiers enseignements

La compréhension de ce site est encore très préliminaire, et il faudra plusieurs années d’étude avant de proposer des interprétations valides. Néanmoins, plusieurs constats s’imposent :
– il s’agit d’une grande implantation pour la période, d’environ 8 ha au total, qui occupe une position privilégiée en bas de pente, sur un terrain bien drainé et ensoleillé ;
– l’occupation principale semble relativement courte dans le temps, peut-être 2 ou 3 siècles entre 1900 et 1600 ans avant J.-C. ;
– une organisation en plan se dessine, qui pourrait être orthonormée, ce qui implique une cadastration préalable des lieux et sans doute des limites de lotissement ou de parcelles préétablis ;
– cet habitat de grande envergure est flanqué par une nécropole monumentale, dans laquelle sont inhumés certains individus choisis. D’autres défunts sont inhumés au sein de l’habitat, et les rites funéraires sont assez variables. Le tout implique des statuts différents entre les personnes, avec des individus nettement privilégiés par rapport à d’autres, et ce dès la naissance, puisque certains périnataux et jeunes enfants sont inhumés dans la nécropole alors que d’autres le sont dans l’habitat ;
– il s’agit d’un établissement à vocations pastorale et céréalière affirmées. Pour le bétail, il est possible qu’un lien existe avec les pâturages d’altitude disponibles à l’ouest de Clermont-Ferrand. L’agriculture, par contre, est locale, et tire parti de la fertilité des terres de Limagne. La question se pose de savoir si les quantités de nourriture produites à Petit Beaulieu n’étaient pas excédentaires, c’est-à-dire, si la production de viande et de céréales ne pouvait pas, pour partie, faire l’objet de commerce ;
– enfin, il semble bien que cette implantation soit la plus grande fouillée à ce jour en Limagne pour le Bronze ancien. Il est possible qu’il s’agisse là d’un site « central » dans l’organisation du territoire de l’époque.

INTERVENANTS :

Aménageur : VERNEA
Prescripteur : DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Opérateurs : Paléotime (mandataire), Archeodunum



AMÉNAGEMENT :

Pôle de traitement et de valorisation des déchets ménagers et assimilés



LOCALISATION :

 



 
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