ZAC Lyon Nord Industrie (Lyon, Rhône)

 

Menée par les sociétés Paléotime et Eveha pour le compte de la SERL, la fouille préventive a concerné l’îlot 4 de la ZAC Lyon Nord Industrie (terrains hors-voirie, tranche 3), à l’angle de la rue Claudy et du quai Sédaillan dans le 9ème arrondissement de Lyon. Cette intervention s’est déroulée au pied du versant de Rochecardon, à une centaine de mètres de la rive droite de la Saône actuelle, sur le secteur nord de la plaine de Vaise. Cette dernière constitue une zone archéologique sensible notamment pour les périodes protohistoriques et antiques, mais aussi pour les périodes préhistoriques plus anciennes. L’opération de fouille a été menée du 7 août 2017 au 9 février 2018 et a mobilisé une équipe d’une dizaine d’archéologues. Elle a permis de mettre au jour de nombreux indices d’une fréquentation préhistorique (industrie en silex taillé attribuable aux Mésolithiques ancien et récent), ainsi qu’aux périodes protohistoriques (fosse d’extraction d’argile et dépotoir de la transition fin Hallstatt-début La Tène) et antiques (voirie, structures de combustion révélatrices d’une activité métallurgique, fosses-bûchers…), indices archéologiques qui sont autant de fenêtres ouvertes sur un passé composant avec la proximité de la Saône.

Les nombreuses coupes réalisées ont permis de dresser un cadre chronostratigraphique de formation du site depuis la fin de la dernière période glaciaire. Les dépôts les plus anciens correspondent en effet à des alluvions grossières datées par OSL du stade isotopique 2. Le Tardiglaciaire est représenté par des dépôts d’inondation carbonatés qui comblent un large paléochenal traversant toute la plaine de Vaise et par des apports de versant brunifiés qui viennent s’insérer dans sa rive droite. Un pédocomplexe brun épais d’une trentaine de centimètres se forme durant la première moitié de l’Holocène sur des apports limoneux ruisselés d’origine variée. C’est au sommet de cette unité que s’insère la plupart des éléments préhistoriques. Des dépôts sablo-limoneux bruns recouvrent ensuite l’ensemble du site à partir de la Protohistoire.

Localisés sur un grand tiers de l’emprise, les témoins d’occupations mésolithiques se présentent comme une nappe d’objets archéologiques comportant des silex taillés, des fragments de galets chauffés qui ont éclatés, ainsi que des fragments d’ossements animaux qui témoignent des activités quotidiennes des hommes préhistoriques : fabrication d’outils et d’armes de chasse, consommation des animaux chassés notamment. Sur les secteurs de fouille manuelle, l’approche de la nappe d’objets s’est faite au travers d’une suite de décapages artificiels organisés au sein d’un carroyage métrique (carrés d’un mètre de côté, subdivisés par quarts de m²) permettant de relocaliser à postériori les petits objets qui ont été retrouvés au sein du sédiment fouillé tamisé à l’eau. Parmi les nombreux indicateurs spatiaux et taphonomiques recueillis (étude des remontages et des états de surface, analyse des fabriques, granulométrie lithique, etc.), aucun ne permet de faire ressortir une structuration archéologique claire et évidente de l’espace fouillé à une période précise. Au contraire, le croisement des données suggère plutôt que cette nappe résulte d’une accumulation secondaire de mobilier par l’action répétée de processus naturels de faible énergie (comme le ruissellement diffus) sur un intervalle de temps relativement long, limitant ainsi son exploitation archéologique.

L’industrie lithique est lamino-lamellaire, les matériaux exploités essentiellement locaux, l’activité de taille du silex tournée notamment vers la fabrication d’armatures de projectiles de chasse. Les supports de ces armatures sont des fragments de lames et de lamelles de silex fragmentées ou tronquées volontairement (technique du microburin) et retouchées ensuite afin d’obtenir différentes morphologies d’armatures lithiques (pointes et éléments géométriques). Les indices technologiques et typologiques relevés sur l’industrie lithique de l’îlot 4 indiquent que nous sommes vraisemblablement en présence de plusieurs occupations mésolithiques, relevant d’une phase ancienne à scalènes et percussion directe minérale produisant des lamelles de dimensions réduites et irrégulières, mais également d’une phase récente de cette culture, à trapèzes et débitage à la percussion indirecte de grandes lamelles régulières.

Sur le reste de l’emprise de fouille, côté Saône, les occupations antiques et protohistoriques se chevauchaient sur un mètre d’épaisseur, nécessitant qu’un second décapage mécanique soit effectué après la fouille des structures antiques pour atteindre les vestiges protohistoriques.

Quelques éléments typologiques identifiés sur la céramique renvoient au Néolithique moyen bourguignon, un faciès culturel classique de ce secteur. L’état de fragmentation important du mobilier laisse penser que cette phase chronologique est largement arasée sur cette fenêtre. Cette phase chronologique est essentiellement représentée par du mobilier isolé. Les éléments structurés sont peu nombreux puisqu’ils se limitent à la présence d’un vase retrouvé écrasé en place. Si son état de conservation fait figure d’exception sur la fouille, il montre qu’il subsiste potentiellement quelques éléments structurés pour le Néolithique moyen sur l’emprise de fouille.

La fouille de l’îlot 4 livre un ensemble de vestiges qui se rattachent à l’occupation protohistorique bien connue de la plaine de Vaise à la fin du Hallstatt et au début de La Tène A, dont la grande fosse ST46 est le vestige principal.

Les dimensions exceptionnelles de cette fosse ont impliqué d’adapter la méthode de fouille. Dans un premier temps des coupes ont été réalisées à la pelle mécanique par passes suffisamment fines pour prélever l’ensemble du mobilier. Ces coupes ont permis de mieux cerner les contours de la structure ainsi que sa dynamique de comblement. Les niveaux de rejets riches en mobilier on été fouillés de façon exhaustive à plus de 95 %. Des tests de tamisage ont été effectués sur environ 1000 litres de sédiments (100 seaux) prélevés dans ces rejets, afin de vérifier la présence ou non de petit mobilier. L’ensemble du mobilier a été ramassé sans sélection. Des prélèvements pour analyses anthracologiques, carpologiques et palynologiques ont également été effectués.

Ces coupes ont permis de mettre en évidence une stratigraphie assez complexe dans le comblement de cette fosse :
– les couches inférieures sont peu anthropisées et les coupes transversales montrent qu’elles se composent d’un mélange d’effondrements de parois, de colluvions plus ou moins rapides et de phases de comblement plus brutales, sans doute liées à des inondations de la Saône ou des épisodes orageux violents. Ces niveaux témoignent de la fonction première de cette fosse : il s’agissait vraisemblablement d’une carrière d’extraction de matériaux. Dans une des coupes transversales on remarque que la fosse descend jusqu’à une argile pure. C’est sans doute ce matériau qui était recherché ;
– deux couches de rejets successifs sont ensuite facilement identifiables à leur richesse en mobilier et en charbon de bois. Ils témoignent d’une occupation à proximité ;
– ces rejets sont ensuite incisés puis scellés par une couche de sable correspondant à une crue importante de la Saône. Puisqu’on ne retrouve pas d’autre témoignage de rejets au-dessus de ce niveau de crue, il semble probable que celui-ci marque l’abandon du site.

Le mobilier livré par la fosse est très abondant, il comprend une quantité impressionnante de céramique se partageant entre des récipients d’importation (éléments Massaliotes) et un vaisselier grossier de tradition locale. Le mobilier récolté comprend aussi plusieurs objets en bronze, surtout des éléments de parure (fibules, épingles et bracelets identifiés pendant la fouille). Les vestiges fauniques sont bien représentés et constitués en majorité de rejets de consommation (bœuf, porc…), mais plusieurs éléments attestent d’une activité artisanale de découpe de cornes. Quelques éléments de torchis brûlés ont été retrouvés, des fragments de sole perforée et de sole foyère, ainsi qu’un macro-outillage lithique abondant (galets aménagés). Ainsi, l’ensemble du mobilier correspond à des rejets d’ordre domestiques, associés aux témoins d’un petit artisanat du bronze et du travail de l’os (cornes).

Quelques structures peuvent être associées à cette grande fosse datée de la transition Hallstatt/La Tène : couches de rejet structurées au sein de son comblement, ainsi que plusieurs structures linéaires notamment. En outre, deux ensembles de trous de poteau dessinent les plans de deux bâtiments qui seraient également contemporains de la fosse ST46.

L’occupation antique de l’emprise s’organise quant à elle en trois ensembles.

Le premier ensemble correspond aux premiers aménagements antiques, un fossé parcellaire qui avait été identifié sur la fouille de l’îlot 3, ainsi que des fours et fosses-foyers associés à une occupation à vocation artisanale (charronage). Il peut être daté autour du changement d’ère, et probablement dans les deux premiers tiers du Ier siècle. L’occupation paraît alors nettement dévolue à une activité artisanale centrée sur la métallurgie, et organisée spatialement par un réseau de fossés parcellaire, avec également un rôle probablement important dans la mise en valeur agricole des terrains. Cette occupation connaît un changement radical dans les dernières années du Ier siècle, tournée alors vers une vocation funéraire.

En effet, un deuxième ensemble correspond à la mise en place d’une voie et d’une zone funéraire de bûchers à la fin du Ier siècle, impliquant l’abandon du parcellaire et de l’occupation artisanale qui précèdent. Le système de voirie persiste pendant les IIe, IIIe et IVe siècles, au cours desquels quelques sépultures à inhumation s’y implantent. Cette phase d’occupation regroupe alors un ensemble de bûchers funéraires dont la mise en place est attestée à la toute fin du Ier siècle, et qui ne se développe pas après. Ces quatre fosses-bûchers apportent leur contribution à la connaissance des pratiques funéraires à Lyon et permettent de caractériser l’occupation de l’îlot 4 à cette période. Ils participent également, en particulier le bûcher ST85, à enrichir notre perception de la société romaine, ou à minima, de l’une de ses catégories sociales les plus élevées.

Parallèlement à cette occupation à caractère funéraire, un axe de circulation accompagné de son réseau de fossé est aménagé en bordure est de l’emprise. Il est constitué d’un niveau de circulation empierré d’environ cinq mètres de largeur, ceint de part et d’autre par des fossés bordiers régulièrement entretenus, virant à proximité de la Saône sans se poursuivre le long du cours d’eau. Hormis quelques trous de poteau anecdotiques, ce système de voirie est le seul témoin de l’occupation antique jusqu’au IVe siècle sur cette parcelle de l’Îlot 4. Quatre inhumations primaires individuelles ont été mises au jour dans certains des tronçons des fossés bordiers.

Le troisième et dernier ensemble est moins important en termes de densité de vestiges. Un fossé creusé au milieu de l’axe de circulation implique son probable abandon à la fin de l’Antiquité tardive. Parallèlement on observe l’aménagement de la berge de la Saône, sous la forme de deux murs. Deux trous de poteau et une fosse ont également été rattachés à cet état.

Les éléments ainsi attribués à l’Antiquité tardive sur l’îlot 4 permettent de compléter les résultats apportés par la fouille de l’îlot 3. Ceux-ci avaient mis en évidence la pérennité du complexe portuaire mis en place dès le Ier siècle, au IVe et probablement au moins dans la première moitié du Ve siècle, avec, entre autres, l’aménagement de la berge de la Saône sous la forme d’un mur. Ce dernier matérialisait par ailleurs la fermeture de la voie F3534 identifiée sur l’îlot 3 et ainsi, l’abandon d’un supposé passage à gué. Avec le tronçon mis évidence sur la fouille de l’Îlot 4, ce mur se développe ainsi sur plus de 45 m de long. Même si leur jonction n’a pas été observée, il semble bien que ces tronçons de murs fassent partie d’un même aménagement. Ainsi, la dynamique qui montre la fermeture de la voie sur l’îlot 3 semble se répéter sur l’îlot 4 avec le mur qui y a été identifié. Tout en reprenant l’orientation de la voie, il est installé au milieu de la bande de roulement. En revanche, si cette voie continue à être utilisée de manière privative sur l’îlot 3, en lien avec la desserte d’un bâtiment, c’est plutôt l’arrêt de l’utilisation de cet axe de circulation qui semble prévaloir sur l’îlot 4. Les deux murs et les trous de poteau peuvent par ailleurs constituer une limite parcellaire, en plus d’être des éléments d’aménagements de la berge. L’ancienne voie reprendrait alors une vocation plus purement parcellaire, comme cela semble avoir été le cas au Ier siècle.

INTERVENANTS :

Aménageur : Société d’Équipement du Rhône et de Lyon (SERL)
Prescripteur : DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Opérateurs : Paléotime (mandataire), Eveha



AMÉNAGEMENT :

ZAC Lyon Nord Industrie



LOCALISATION :

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