Zone industrialo-portuaire « Les Petites Balmes » (Salaise-sur-Sanne, Isère)

 

Le site des Petites Balmes se trouve sur une terrasse fluvio-glaciaire graveleuse du Rhône dont le toit présente une dépression linéaire orientée NNO/SSE, à l’endroit de l’emprise de fouille. Alors que la terrasse est subaffleurante sur les bordures de l’emprise, la partie centrale de la dépression a permis une sédimentation holocène importante. Un paléosol de surface argilique brun se développe juste au-dessus de la terrasse. Un paléochenal s’installe par la suite dans la dépression, entrainant l’érosion du paléosol. Ce paléochenal semble se présenter comme un affluent oriental du Rhône à écoulements épisodiques, évènementiels ou saisonniers.

C’est en périphérie immédiate, parfois au sein du paléochenal, qu’a été découverte la majorité des vestiges archéologiques. Outre des structures en creux classiques (fosses, trous de poteau, fossés), les travaux ont révélé la présence d’empierrements à galets chauffés. Ces vestiges, perçus au diagnostic, avaient alors été interprétés comme foyers, type de structure très représenté en vallée du Rhône. Cependant, il est apparu à la fouille que la nature de ces empierrements différait largement de celle pressentie lors du diagnostic. En effet, en lieu et place des foyers à pierres chauffées, notre équipe a mis en évidence 3 ensembles d’empierrements « monumentaux » (Figures 1 et 2).
Ces structures se développent selon un alignement NNO/SSE, identique à l’axe du paléochenal, et occupent des espaces compris entre 30 et 196 m². Elles se présentent sous la forme de dômes plus ou moins proéminents. Ces dômes sont formés par des amas conséquents de galets chauffés et thermofractés de petits modules (Figure 3). Il apparaît que ces éléments n’ont pas été chauffés sur place. En effet, le niveau sous-jacent aux empierrements ne présente pas une densité élevée de charbons et les zones rubéfiées sont soit absentes soit très localisées. On soulignera que l’homogénéité des modules utilisés pourrait relever d’un choix volontaire lors de leur sélection. À ce stade de nos recherches, on précisera que les niveaux sédimentaires supportant les couvertures empierrées pourraient correspondre à des formations naturelles de type bourrelets de rives ou berges incisées. Ces formations pourraient avoir fait l’objet d’une mise en forme préalable. Les résultats de l’étude géoarchéologique et particulièrement des lames minces pourront à terme confirmer ou infirmer cette hypothèse.

La fouille en damiers ou par quarts opposés de ces vestiges a permis de mettre en évidence des structures concomitantes ou sous-jacentes aux couvertures de galets. Il s’agit de trous de poteau, de fosses et de zones rubéfiées et charbonneuses (Figures 4 et 5). Les investigations ont également révélé la présence de nombreux fragments de céramique répartis dans les masses empierrés mais aussi dans les niveaux sédimentaires inférieurs et dans le remplissage des fosses. Ce mobilier est extrêmement homogène et se cale parfaitement dans un phasage Bronze ancien, probablement dans son étape initiale. L’étude céramique à venir précisera cette attribution. Le corpus de mobilier est également enrichi par la découverte de vases en place ou écrasés en place, soit au sein des empierrements soit sur leurs abords. L’un d’entre eux correspond à une forme basse complète de type gobelet, retourné face contre terre et déposé sur des fragments osseux (Figure 6). Ces esquilles, non brûlées, seront expertisées et confrontées par un anthropologue et un archéozoologue afin d’en déterminer la nature humaine ou animale. En périphérie immédiate de l’empierrement constituant l’ensemble 3, la fouille a permis la mise au jour d’un vase en place complet, inséré dans une fosse (Figure 7). Le niveau d’apparition de ce vase coïncide avec l’altitude relevée à la base de l’empierrement, témoignant d’un lien stratigraphique étroit entre les deux faits.

La fouille du site des Petites Balmes, de par le caractère inédit et original à l’échelle nationale des vestiges empierrés découverts, soulève de nombreuses questions auxquelles l’étude tentera ces prochains mois d’apporter des réponses. Il s’agira notamment de conduire la réflexion sur les modalités de mises en œuvre des empierrements en intégrant pleinement au raisonnement les vestiges en creux connexes qui pourraient représenter une des clés importantes de compréhension. La question de la fonction du site est bien sûr un des enjeux majeurs. Sommes-nous ici en présence de structures de combustion complexes ? S’agit-il de constructions liées à un acte cérémoniel relevant d’un rituel funéraire ou para-funéraire ? Ses structures pourraient-elles être rapprochées des sweat baths anglais ou irlandais ? Bien que leur morphologie ne milite pas en ce sens, seraient-elles en lien avec de l’habitat ?

INTERVENANTS :

Aménageur : Isère Aménagement, Inspira
Prescripteur : DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Bâtiments industriels



LOCALISATION :

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