Zone industrialo-portuaire « Les Petites Balmes » (Salaise-sur-Sanne, Isère)

 

Le site des Petites Balmes se trouve sur une terrasse fluvio-glaciaire graveleuse du Rhône dont le toit présente une dépression linéaire orientée NNO/SSE, à l’endroit de l’emprise de fouille. Alors que la terrasse est subaffleurante sur les bordures de l’emprise, la partie centrale de la dépression a permis une sédimentation holocène importante. Un paléosol de surface argilique brun se développe juste au-dessus de la terrasse. Un paléochenal s’installe par la suite dans la dépression, entrainant l’érosion du paléosol. Ce paléochenal semble se présenter comme un affluent oriental du Rhône à écoulements épisodiques, évènementiels ou saisonniers.

C’est en périphérie immédiate, parfois au sein du paléochenal, qu’a été découverte la majorité des vestiges archéologiques. Outre des structures en creux classiques (fosses, trous de poteau, fossés), les travaux ont révélé la présence de 17 empierrements à galets chauffés et thermofractés. Ces vestiges, perçus au diagnostic, avaient alors été interprétés comme foyers, type de structure très représenté en vallée du Rhône. Cependant, il est apparu à la fouille que la nature de ces empierrements différait largement de celle pressentie lors du diagnostic. En effet, en lieu et place des foyers à pierres chauffées, les travaux ont mis en lumière de vastes empierrements (Figures 1 et 2) se développant selon un alignement NNO/SSE, identique à l’axe du paléochenal principal. Ces empierrements occupent des surfaces comprises entre 30 et 196 m². Ils se présentent sous la forme de dômes plus ou moins proéminents. Ces dômes sont formés par des amas conséquents de galets chauffés et thermofractés de petits modules (Figure 3).

La fouille en damiers ou par quarts opposés de ces vestiges a permis de mettre en évidence des structures concomitantes ou sous-jacentes aux couvertures de galets. Il ressort au final de nos investigations un site s’articulant autour de trois composantes principales. Il s’agit de foyers, de fosses et d’amas de galets chauffés et thermofractés. Connexes à ces éléments viennent en suivant les trous de poteau répartis en périphérie des empierrements ou découverts dans le corps des empierrements (Figures 4 et 5). Nous retrouvons là les caractéristiques fondamentales des Fulacht Fiadh anglo-saxons. La documentation scientifique disponible sur le sujet mentionne en effet que : « The basic components of this monument type are (A) a mound of heat-cracked stones, (B) a hearth and (C) a trough ; a retaining kerb may also be present » (Dennehy, https://www.academia.edu/15033414/Hot_Property_the_morphology_and_archaeology_of_the_Irish_Fulachta_Fiadh).

Le cœur du site est donc premièrement constitué d’un foyer servant à chauffer les galets. Cinq structures foyères ont ainsi été mises au jour. Elles correspondent à la typologie des foyers en cuvette ou à plat. Dans tous les cas, on observe que ces zones de chauffe fonctionnent en binôme avec une fosse, située à proximité immédiate. On notera par ailleurs à ce stade que dans le cas des Petites Balmes, les fosses découvertes sous les empierrements sont toujours situées à l’est, en bordure immédiate ou dans le lit du paléochenal PC3021. On imagine aisément que cette implantation permettait un remplissage en eau plus aisé des excavations.

D’un point de vue fonctionnel, il apparaît que les galets chauffés au sein des foyers étaient immédiatement plongés dans l’eau contenue dans les fosses afin de porter celle-ci à ébullition. Cette action répétée a occasionné la fracturation des galets qui ont ensuite été rejetés pour former les amas.

Les études conduites sur les mobiliers soulignent la pauvreté des assemblages. Néanmoins, le corpus céramique contient un vase complet et une série de vases incomplets écrasés en place (Figures 6 et 7). Les formes présentes, confrontées aux ensembles régionaux, permettent de placer l’occupation à l’étape initiale du Bronze ancien, soit au BzA1/BzA2a ancien. Une série de 18 datations 14C vient corroborer ce phasage. On notera que l’homogénéité des résultats et la fourchette chronologique resserrée qu’ils occupent participent au sentiment d’un site utilisé sur un temps court ou tout du moins de manière ponctuelle, certainement en fonction de la dynamique hydrique des paléochenaux. La faiblesse des corpus céramique et faunique tend à plaider en faveur d’une activité artisanale et non d’un site à vocation domestique.

Les « Burnt mounds » ou « Fulacht Fiadh » sont très répandus en Irlande. Le phénomène est également connu en Ecosse, en Norvège et au Danemark. La littérature scientifique accessible à leur sujet témoigne de la difficulté à appréhender leur fonction. En effet, les données de terrain croisées aux diverses expérimentations conduites Outre-Atlantique évoquent que la quantité d’eau chaude produite sur ces sites peut être corrélée aux activités suivantes : unité de sudation, cuisson des aliments, tannage/travail du textile. La multiplicité des fonctions peut également être envisagée, y compris dans le cas des « Petites Balmes ». Toutefois, à la faveur des résultats de l’analyse physico-chimique réalisée par le laboratoire Garnier, nous serions tentés de privilégier une activité liée au travail des peaux. En effet, dans son rapport l’auteur indique que les taux significatifs de squalène, de cholestérol et de lathostérol relevés sur l’échantillon de galets étudiés favoriseraient l’hypothèse d’éléments ayant servi à frotter les peaux. Cette proposition d’interprétation est soutenue par les observations tracéologiques conduites sur les galets et par la présence au sein du corpus macrolithique de galets facettés et d’un percuteur ayant pu servir au travail de matières souples, notamment des peaux. Dans cette optique, on soulignera enfin que les trous de poteau découverts dans l’emprise des empierrements ou à leurs abords immédiats, semblent fonctionner par paire. On pourrait y voir la mise en œuvre de structures légères sur deux poteaux…permettant d’étendre les peaux ?

INTERVENANTS :

Aménageur : Isère Aménagement, Inspira
Prescripteur : DRAC – SRA Auvergne-Rhône-Alpes
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Bâtiments industriels



LOCALISATION :

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