Rue Fontaine (Hénouville, Seine-Maritime)

 

Le projet de lotissement de la rue Fontaine (Hénouville) a permis la découverte d’un gisement moustérien (Aubry 2017) qui a fait l’objet d’une prescription de fouille. Celle-ci a mis au jour un épandage de mobilier lithique situé au sommet du comblement d’un paléochenal creusé dans les argiles à silex.

L’étude géomorphologique et les datations OSL ont permis de reconstituer en partie l’histoire du site. Les premiers comblements sableux du paléochenal se situent au Saalien (OSL à 222 ± 12 ka BP). L’unité pédo-stratigraphique contenant l’épandage archéologique (UPS 3), au sommet du comblement, correspond à une succession de colluvions plus ou moins loessiques contenant des lentilles de graviers. Ces lentilles témoignent de phases d’arrêts ponctuels des apports massifs de sédiments, remplacés alors par des apports latéraux dues à des écoulements concentrés et du ruissellement depuis les flancs du vallon. Enfin les limons loessiques contiennent des fragments de sols (éémiens ?) remobilisés. Toutes ces observations indiquent une mise en place probablement longue. La datation de cette unité, qui se situe à l’Eémien (OSL à 119,4 ± 6,6 ka BP, MIS 5e), doit donc être élargie au stade isotopique 5 largo sensu. L’épandage de mobilier se forme alors probablement pendant une grande partie du Weichsélien inférieur (MIS 5a-d), les industries étant antérieures à contemporaines à cette mise en place.

L’étude taphonomique, et notamment les états de surface du mobilier, montre que cet épandage est issu d’occupations diachroniques multiples. Ces diachronies peuvent être regroupées a minima en trois phases : une ancienne (35,8% du mobilier), une principale (54,6%) et une récente plus anecdotique (3,3%). L’intégrité du dépôt archéologique contenu dans l’UPS 3 est donc mauvaise et regroupe au sein d’un même ensemble des produits d’occupations et d’âges variés, pour certains en position secondaire (phase ancienne). L’épandage final a également subi des remaniements post-dépositionnels, d’intensités diverses, et notamment des déplacements, dans l’axe du paléochenal et dans l’axe du vallon (perpendiculaire). Une partie du mobilier est donc en position sub-primaire (phase principale), tandis qu’une infime partie seulement se trouve potentiellement en position primaire (phase récente). Ces conclusions nous privent évidemment des observations spatiales et limitent fortement les observations d’ordres techno-économiques.

L’étude lithique a permis l’identification de plusieurs chaines opératoires, à éclats essentiellement, notamment une chaine opératoire à pointes (phase ancienne et principale) et une chaine opératoire discoïde (sur les trois phases). Une chaine opératoire laminaire volumétrique complète ces différents concepts (sur les trois phases également). Le débitage Levallois est peu représenté sauf dans la phase récente. Il n’y a pas de façonnage. L’outillage est extrêmement restreint et composé essentiellement de racloirs, notamment sur les pointes ou sur des éclats Levallois. Les chaines opératoires à pointes et laminaire volumétrique sont clairement associées (plusieurs nucléus montrent le basculement de l’une à l’autre), dans les phases anciennes et principales. Cette association est fréquente au Weichsélien inférieur, tant dans le nord de la France (Seclin, Bettencourt, Villier-Adam) qu’en Normandie (Oissel). Cet ensemble se rattache au Technocomplexe du Nord-Ouest du stade isotopique 5 (Koheler 2012), à l’exception de la proportion importante de débitage discoïde (particularisme local ou occupations humaines différentes ?).

Les niveaux supérieurs, sous la couche de labour, ont livré des traces d’occupations plus récentes, notamment au début de l’Antiquité (urne funéraire et bâtiments).

INTERVENANTS :

Aménageur : Les Terres à Maisons Normandie SNC
Prescripteur : DRAC – SRA Normandie
Opérateur : Paléotime



AMÉNAGEMENT :

Lotissement



LOCALISATION :


 

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